LA SEMAINE INFERNALE
2 juin
La défense du fort
Pour résister à une attaque du fort par les troupes ennemis, Le commandant RAYNAL organise la défense des ouvertures qui communiquent avec l'extérieur. 9 brèches sont à défendre: celles des coffres N.-E et N.-O, deux autres dans chaque gaine ,une dans un escalier donnant au dessus du fort et deux à l'entrée de la gorge. Le commandant RAYNAL fait disposé les sacs à terre, non pas en chicane mais en mur plein, renforcé en épaisseur et pourvu de créneaux pour permettre le lancement des grenades. Un détachement du génie répare les éléments de la structure du fort menaçant de s'écrouler.
Dans la nuit du 1er au 2 juin, l'artillerie allemande pilonne le fort de 1500 à 2000 obus par heure. Au début du jour, le tir de barrage ennemi prend la suite et protège les premières vagues d'assaut. Entre le retranchement du fort R1, et le fort, les hommes de la 7e compagnie du 101e régiment occupent les tranchées de la Courtine et celle de Besançon. Au nord et à l 'est dans la tranchée de Belfort, La 7e et la 8e compagnie du 142e attendent les ordres. Le dessus du fort est défendu par la 5e compagnie du même régiment.

Les allemands arrivent, Passent les fossés à demi comblés, se heurtent à la 7e compagnie du 142e régiment qui se défend à la grenade. Les pertes sont lourdes des deux côtés. Le premier peloton se fait tuer sur place. Sous le nombre des troupes ennemies, le capitaine TABOUROT assisté de l' aspirant BUFFET, dirigent ses hommes. Il se dresse avec eux pour défendre la porte Nord-est. A la lutte, les poches pleines de grenades l'ennemi et tenue en échec. A l'ouest la tranchée de Besançon a cédé après plusieurs assauts; il a fallu se replier, trouver un abri pour les blessés dont le lieutenant TOURNERY, la tête traversée par une balle mettra trois jours à mourir. Les troupes allemandes progressent et ayant réussi à monter sur le fort, prennent à revers le peloton du 142e.Le capitaine TABOUROT est gravement blessé par une grenade qui lui brise les reins et lui déchiquette les jambes. Il est évacué au poste de secours; là, salué bravement par le commandant RAYNAL, il dicte ces mots pour sa femme au médecin auxiliaire GAILLARD:
" Ma chérie, je suis blessé à mort, j'ai été tué en faisant mon devoir. Soignes bien maman, je t'aimais bien, je vous embrasse, toi et ma petite fille." Avant de mourir il dira à l'aspirant BUFFET:" Toi qui est de Dijon, si tu reviens de la guerre, tu iras dire à ma femme comment je suis mort." Dans un message envoyé par pigeon sur les opérations de la journée, le commandant RAYNAL ajoutera: " Capitaine TABOUROT, du 142e, mort glorieusement, blessure reçu en défendant la brèche nord- est. Demande pour lui Légion d'honneur."
Le bataillon CHEVASSU (6e compagnie du142e et les débris de la 7e), va défendre maintenant la tranchée de Belfort et de Montbéliard à l'est du fort. Les allemands chargent baïonnettes au canon. Une compagnie du 53e régiment va leur venir en aide en criant: "Vive la France! ".
Au sud, les 5e et 8e compagnies et une section de mitrailleuses du bataillon CHEVASSU(142e) vont tenir les tranchées. Renforcés par la 2e compagnie et un bataillon du 53e régiment, les soldats de la France vont subir les attaques répétées tout en se protégeant de la mitrailleuse hissée sur le fort par les troupes allemands.
Le 2 juin à 15 heures, le commandant RAYNAL envoie ce message optique:
"L'ennemi s'est emparé des coffres nord-est et nord-ouest. Je poursuis la lutte dans les gaines. Nombreux réfugiés et blessés. Officiers et soldats font tout leur devoir et nous lutteront jusqu'au bout."
A l’Est du fort, le terrain s’infléchit immédiatement sur le fond de la Horgne. Le village de Damloup est bâti au bord de la Wöevre. Le 2 juin, les troupes allemandes prennent le village de Damloup.
Le Colonel TAHON(commandant le 142e régiment) organise sans attendre la défense de la batterie de Damloup qui positionnée sur le plateau domine la plaine de Wöevre.Des renforts sont demandés à la brigade, qui met à la disposition du secteur, le bataillon PELLISSIER du 52e régiment.