LA SEMAINE INFERNALE
1er juin
L'étau se resserre à l'ouest
L'offensive allemande partie du bois d'Hardaumont fond sur les unités françaises. En engageant de nombreuses unités et après une intense préparation d'artillerie débutée la veille, l'ennemi s'empare dans cette journée, du bois de la Caillette, du ravin de Bazil et de l'étang de Vaux. Ils commencent à progresser vers les retranchements du bois Fumin. Les poilus se sont farouchement défendus. La lutte est chaude dans les tranchées, à la grenades, à la baïonnette, au corps à corps.

Vagues d'assaut au bois Fumin(octobre 1916)Frémont-lorraines
A trois heures les retranchements R3 et R2 sont pris par l'ennemi. Le Lieutenant GOUTARD, positionné dans l'un de ces retranchements, écrit ces mots du camp de prisonniers, dans une carte adressée au colonel LANUSSE(commandant le 101e régiment):
Blessé le 1er juin. Ai été ramassé par allemands et emmené ici. Avons scrupuleusement exécuté ordre donné" ne reculer d'un pouce sous aucun prétexte" C'est ainsi qu'isolés, tournés de toutes parts, nous avons succombés sous le nombre. Je suis tombé l'un des derniers, frappé en plein ventre par une balle tirée à dix mètres de distance. Le lieutenant HURET, bras droit fracassé. Le sous-lieutenant PASQUIER, blessé. L'adjudant FARJOU, la main droite broyée et la cuisse gauche traversée par une balle. L'aspirant TOCABENS, cinq éclats d'obus dans le corps. Le sergent LECOCQ, tué d'une balle en plein front. Le reste de la compagnie à l'avenant. Cette énumération, plus qu'aucun commentaire, vous dira comment nous avons compris notre devoir et satisfait l'honneur. Je vous signale le vaillante conduite du lieutenant HURET, de l'aspirant TOCABENS, et de de l'adjudant FARJOU, sur la poitine duquel la médaille militaire saurait bien placée.
Le retranchement R1(le plus près du fort) va résister à l'ennemi pendant une semaine, jusqu'au 8 inclus. Cette redoute faite d'une structure en béton, bien qu'elle soit à demi effondrée par un 380, ne sera prise que dans la nuit du 8 au 9 juin. Deux cents survivants valides environ ont été capturés le 8 juin au soir, c'est à dire après la prise du fort, se trouvant sans soutien, sans vivres, sans eau et sans munitions. Une horrible odeur empeste l'air: celle des cadavres. Pour comble l'ennemi envoi quelques obus lacrymogènes qui achèvent de rendre l'air irrespirable.
Extrait du journal du capitaine DELVERT(6e compagnie du 101e régiment)
"Vendredi 2 juin: Vingt deux heures- Un homme arrive du poste du colonel avec cinq bidons d'eau - dont un vide - pour toute la compagnie. Ce sont des bidons de deux litres. Cela fait 9 litres - a peu près - pour 60 hommes, 8 sergents, trois officiers. L'adjudant fait devant moi, avec une parfaite équité, la distribution de cette eau , qui sent le cadavre".
"Samedi 3 juin: - Les allemands attaquent de nouveaux: -Du calme les enfants! Laissez-les bien sortir! A 25 pas! Tapez-leur dans la gueule! A mon commandement! Feu!- A six heures - des brancardiers allemands sortent pour ramasser leurs blessés. J'empêche de tirer dessus".
"Dimanche 4 juin: - "ils ne sont pas vernis pour R1; les b.....!" Me jette en passant un de mes poilus".
"Lundi 5 juin: - Je reposerais volontiers, mais les totos s'y opposent. Le contre ordre de relève fait que la compagnie n'aura pas encore d'eau aujourd'hui. Heureusement il pleut. Les hommes vont étaler des toiles de tentes et y recueilleront de l'eau. - Mon capitaine voila du café! - Mais, mon ami, et toi? - Nous en avons d'autre. Je me laisse faire. Je mets précieusement le quart de côté. Il me permettra de manger un biscuit. quels braves gens! quels braves gens! Dix sept heures - L'ordre de relève est arrivé. Nous laissons nos morts comme souvenirs dans la tranchée. Vingt et une heures - Relève.
La 6e compagnie du 101e régiment est relevée par une compagnie du 298e qui résistera trois jours encore, dans des conditions de plus en plus précaires.

L'étang de Vaux(4 mars 1917)Frémont-lorraines
Dans le fort les soldats du commandant RAYNAL ne sont pas inactif. Calme comme à la manœuvre, le lieutenant BAZY commande le feu. Deux mitrailleuses sont braquées sur les boyaux que tente de prendre l'ennemi. Les cadavres s'empilent les uns sur les autres. Toute la journée les allemands remplaceront un bataillon détruit par un bataillon au complet.